Make the City

Poiein Polis - Créer la Cité

Issus du grec ancien, les mots « Poiein Polis » signifient littéralement « créer la cité ». L’association de ces deux termes désignent donc un acte fondateur à l’origine de toute civilisation. Concrètement, cette action aboutit à une coexistence entre un certain nombre de personnes formant une communauté, celle-ci étant régie par un cadre de lois offrant, en théorie, sécurité, autonomie et liberté à ses membres. Cet ensemble de règles évolue ensuite selon les besoins et l’intérêt général du groupe.

 

Le temps ayant fait son effet pendant de très nombreux siècles, ces deux mots ‘Poiein’ et ‘Polis’ ont évolué à l’instar de la civilisation pour devenir respectivement ‘Poésie’ et ‘Politique’. Mettre côte à côte ces deux noms semble aujourd’hui plus complexe, moins évident. Retourner à leurs origines s’avère néanmoins lourd de sens, leur définition antique rendant ces deux mots indispensables à toute société. Autant Poiein Polis désigne la création d’une civilisation, autant Poésie Politique marque son évolution, son développement.

 

Ce ne sont pas les murs qui font la cité mais les hommes. (Platon)

 

Make the City renvoie à la « Poésie Politique » ou, en d’autres mots, à un regard artistique sur la société contemporaine. À leur façon, les artistes de l’exposition abordent ce qui constitue la civilisation actuelle, ses fondements, ses perversions, ses progrès…

T.W.

Dominique Castronovo et Bernard Secondini sont deux artistes vidéo liégeois en pleine émergence ; ils créent moins des images qu'ils ne les traitent à partir d'un matériau et d'un substrat culturel préexistant (l'histoire du cinéma, entre autres), qu'il s'agit de retravailler, de recycler, de reconsidérer d'un point de vue phénoménal. La dialectique féconde entre image fixe et image animée (ou entre photo et cinéma, en gros) leur permet d'en aborder d'autres, plus larges : entre mémoire et oubli, entre fixité et mouvement, entre vision et aveuglement… Ils remettent en question nos habitudes de spectateur, nos critères de perception et de réception, composent des mosaïques d'arrêts sur images, des films à projeter où manquent les personnages ou dont il ne reste que le squelette ou le filigrane, parcourent les classiques du septième art à la vitesse hallucinante de vingt-quatre images (différentes) par seconde ou ne gardent, au contraire, que le principe du temps réel au détriment de toute figuration, de tout contexte reconnaissable… À travers ces différentes expérimentations éreintantes et ludiques, à travers ces installations et ces variations, ils instillent la trame d'un propos personnel aigu et poignant, où les questions principales sont celles de l'effacement, de la disparition, des ravages du temps et aussi de l'équivalence, finalement, entre les extrêmes : l'excès et le vide, le trop et le trop peu – qu'il s'agisse d'image ou de sens.

Emmanuel d’Autreppe, 2009

« L’art change le monde, une perception à la fois », c’est la certitude de Kendell Geers qui ne conçoit pas l’art autrement que comme un engagement politique au sens le plus large du terme. Cet artiste ne se veut pas témoin de son époque mais bien acteur face à un monde englué dans un cauchemar financier et écologique.

 

Né à Johannesbourg, il grandit dans cette ville d’Afrique du Sud en plein apartheid qu’il rejette très rapidement au même titre que le passé colonial de sa famille d’Afrikaners. Un combat identitaire et culturel débute dès ce moment pour Kendell Geers qui décline ce conflit en une foisonnante production artistique multidisciplinaire.

 

En usant des codes de l’affichage, Kendell Geers crée un travail à plusieurs niveaux de lecture qui attire le regard, captive l’esprit et mène à la réflexion. Ses œuvres frappent au premier coup d’œil puis petit à petit le regard se pose sur l’un ou l’autre détail et le décodage de l’œuvre débute. Les références à la culture et surtout la contre-culture apparaissent ensuite…

T.W.

Éponge de l’ère contemporaine, Laurent Impeduglia absorbe un nombre impressionnant d’éléments, principalement issus des mass media pour nourrir son univers foisonnant. En mêlant l’humour, la dérision et l’ironie, il s’est développé un ton très personnel dont la fausse naïveté contraste avec le propos.

 

 

Les œuvres de Laurent Impeduglia cristallisent les passions et les craintes, les cultes et les défouloirs, les critiques et les louanges du XXIe siècle. Les déviances politico-culturelles côtoient avec sarcasme les banalités du quotidien. L’artiste s’inspire de ses amours de jeunesse, ceux qui ont formé sa culture, à savoir les jeux vidéo, la bande dessinée, le cinéma de série B ou encore les dessins animés pour créer une vaste mythologie personnelle. Cette dernière fait naturellement écho aux actualités du moment.

 

T.W.

 

Architecture et AhAhArchitecture. L’architecture occupe une place singulière dans l’œuvre de Jacques Lizène. Durant ses années d’études aux beaux-arts, il est déjà très attiré par les maquettes, les plans et tracés d’architectes. Ses premiers dessins médiocres (1964) en témoignent : des maisons s’y syncrétisent et dans une bonne logique de l’échec, du revers, des déboires et du naufrage, le Petit Maître dessine des traces de maisons démolies. Il les dessine en coupe aussi, révélant l’envers du décor, ses lézardes et ses décrépitudes. C’est déjà là un intérêt pour une archéologie contemporaine qui ne se démentira pas. Cela ne l’empêche pas de dessiner des buildings, mais la plupart du temps, ceux-ci gondolent. […] Sur l’idée des Sculptures nulles de 1980, sur celle aussi de « Mettre sur roues n’importe quoi » (1974), Lizène conçoit des maisons aux styles composés et composites (Art syncrétique, 1964). Ce sont des sculptures pénétrables sur grosses roues d’avion, avec escaliers dépliants, en métal léger, plastique dur, plexiglas, dotées de panneaux solaires, de cheminées en forme de priape, de jardins suspendus, fontaines de fumée, écrans TV et écrans extra plats en façade et bornes électroniques. Lizène résout ainsi une série de problématiques liées à la mobilité, à l’énergie, à la robotique domestique.

Jean-Michel Botquin