Lara Gasparotto

Lara Gasparotto pratique la photographie sous une forme chamanique. Certes, les vues qu’elle conserve de ses voyages et de son quotidien ont le caractère brut d’une expérience vécue mais, loin de tout naturalisme, elles contiennent les traces d’un sacré. C’est ainsi que Lara Gasparotto semble douter du monde et croire aux extases. Mais elles concernent les régimes d’images avant même les corps convul­sifs et, pour parvenir à ces tensions, la photographe pratique un art de la mise en présence de types de photographies différents, voire opposés. Dans cette exposition, Lara fait également cohabiter ses photographies avec les illustrations de sa soeur, Lissa Gasparotto.

 

Le travail de la photographe procède d’une dynamique des rapports entre les images. Pour sa génération, le noir et blanc et la couleur, la pose et l’instantané, le style documentaire ou la recherche symbolique, la reproduction et l’original se conjuguent sans cesse, ignorant les catégories et les écoles. Une image vernaculaire, une référence historique ou bien encore un montage fortuit voire une négligence technique ne sont jamais pensés en terme de valeur aux côtés d’un portrait ou d’un paysage. On pourrait le dire aussi des schémas rhétoriques : pas de narration à pro­prement parler ni de chronique quotidienne ni, à l’inverse, de séquences conceptu­elles thématiques ou littéralistes... L’univers du travail de Lara Gasparatto participe de cette réinvention de la grammaire photographique au début du XXIe siècle.

 

L’artiste aime à rappeler le caractère intuitif de sa pratique. Les voyages et les proches, les impressions et les hasards qui peu à peu révèlent un univers poétique. Lara Gasparotto parvient à produire une représentation du monde à partir d’une tonalité intimiste. Ce passage du prosaïque au symbolisme, du quotidien aux élans parfois mystiques se joue donc aussi bien dans l’iconographie insistante que dans l’hétérogénéité des catégories visuelles : l’extatique naît ainsi d’un kaléidoscope de pratiques visuelles qui ne cesse de recomposer les figures du désir.

Michel Poivert

Larasland et Sea 01

Polaroid

2017

Lieu : Rue Vaudrée